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Les Amants réguliers de Philippe Garrel
Avec : Louis Garrel, Clotilde Hesme, Eric Rulliat, Julien Lucas, Maurice Garrel

Après la Révolution

L’excitation est à son comble. Des réunions clandestines dans des chambres de bonnes à des comités formés dans les caves, la jeunesse exulte et rêve de changer le monde. Pendant plusieurs nuits, les jeunes se retrouvent sur les barricades pour défier les forces de l’ordre. Au lever du jour, passée l’euphorie de ces nuits agitées, tout sera fini. Commence alors une autre époque où l’on refait le monde entre deux bouffées d’opium, une époque où la drogue, la poésie et l’amour se substituent aux idéaux politiques…

Le nouveau film de Philippe Garrel est une surprise à plus d’un titre. L’auteur du magnifique Sauvage Innocence renoue avec la veine autobiographique de ses derniers films qu’il accorde à l’histoire contemporaine, celle des idéaux de mai 68. Le cinéaste orchestre ainsi un double mouvement de l’individu François poète à ses heures perdues vers le groupe et au sein du groupe de l’individu vers l’amour, Lilie, jeune femme lumineuse rencontrée un soir d’émeutes.

Philippe Garrel évite ainsi le piège de la mythification et du syndrome de l’ancien combattant désabusé. Porté par un noir et blanc flambloyant, signé cette fois William Lubchantsky, Les Amants Réguliers compose un univers à la fois lointain comme un rêve et familier. Les comédiens remarquables de naturel font le reste, installant une belle connivence avec le spectateur qui partage les désillusions de ces jeunes gens, celles d’idéaux qui se diluent progressivement dans le moule de la société.

Au cours d’un soirée, la musique des Kinks résonne comme une flambloyance de plus, teintée cette fois d’inquiétude : Next time tomorrow, where will we be ? Le groupe se disloque en effet petit à petit. Certains abandonnent leurs convictions et se rangent. Le héros met ainsi son engagement politique entre parenthèses, préférant se consacrer à la poésie et à l’amour. Il ne trouvera malheureusement pas les mots pour retenir sa bien-aimée. La fin programmée du groupe condamne cet amour fragile, bercé par d’illusoire fummées d’opium. Après le réveil douloureux, l’artiste se retouve plus seul que jamais. Ne reste plus qu’une poignée d’ombres magnifiques, témoins privilègiés d’une révolution aussi rêvée et inachevée.
J.H.D. 

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