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Exit le fantôme de Philip Roth, Gallimard (Du monde entier)
 
Requiem

Les jours de narcissisme et de vanité, c’est terminé. Ainsi parle Nathan Zuckerman, alter ego littéraire de Philip Roth. Dans Exit le fantôme, les retrouvailles sont funèbres. Après dix années d’une vie d’ermite passée à la campagne, l’écrivain doit retourner à New York pour soigner des problèmes d’incontinence. Sur place, il renoue avec Amy Bellette une muse de sa jeunesse frappée désormais d’une tumeur au cerveau incurable. Elle lui demande de l’aide pour empêcher un jeune arriviste de publier une biographie de son défunt mari, l’écrivain et mentor de Zuckerman, I.E. Lonoff. Son auteur entend dévoiler un prétendu scandale sexuel. Révolté par ce projet, Zuckerman s’installe à New York et entend empêcher la parution de la biographie. Il échange sa maison de campagne avec l’appartement d’un couple de jeunes écrivains idéaliste Billy et Jamie dont le charme ne laisse guère indifférent le vieux séducteur de nouveau amoureux…

Il fut un temps où les gens intelligents se servaient de la littérature pour réfléchir. Ce temps sera bientôt révolu. Dans une scène centrale du livre, Amy Belette exprime sa colère à l’encontre d’une exposition intitulée Moments clefs de la littérature moderne où trônent des photos d’écrivains. La Littérature rentre au musée ce qui consacre sa disparition programmée. Les livres n’intéressent plus personne. L’attention du public se focalise sur les auteurs et non sur leurs livres, d’où l’intérêt de Kliman pour les frasques supposées de Lonoff. Même le New Tork Times s’interroge sur le droit d’Ernest Hemingway à utiliser ses proches ou expériences comme support de ses romans.

Dans ce roman crépusculaire, Philip Roth prophétise la fin de la littérature, anachronisme inadapté à notre société de l’information. Ironiquement, au même moment, il met en scène la déchéance physique de son alter ego littéraire. Mais la mise en abyme vaut également pour son pays. Avec la réélection de Georges W. Bush, c’est une certaine idée de l’Amérique qui disparaît. Une Amérique intolérante et cynique triomphe et ses membres les plus extrémistes menacent de mort le juif Zuckerman. L’idéalisme de Billy ou Jamie, l’élection ultérieure d’Obama ne changent rien à ce tableau désenchanté de l’Amérique. Zuckerman ne peut que se réfugier dans la fiction pour oublier la dégradation de son corps et donner libre cours à ses fantasmes, loin de la décadence annoncée d’un pays dont les feux ont cessé d’illuminer le monde.

Editions Gallimard (Du monde entier), 326 pages, 21 euros
J.H.D. 

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