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Michael J Sheehy
"No Longer My Concern"
(Beggars Banquet/Naïve)

Troisième album en trois ans, revoilà le "short, bald guy playing the same miserable songs". Ecrites en été 2001, Michael avait présenté quelques unes de ces chansons lors d’une mini-tournée en automne cette même année. De passage par Grenoble je me souviens encore désolé de cette salle du Ciel qui resta quasiment vide. Pourtant ce soir-là, Michael et ses musiciens gonflés à bloc avaient – on peut le dire– enflammé l’auditoire, alternant entre un blues-rock bien "burné" et ses touchantes complaintes d’un salaud au cœur meurtri. A l’époque, seul Bernard Lenoir à ma connaissance lui avait donné l’exposition médiatique hautement méritée en classant son 2ème album "Ill Gotten Gains" parmi son top 10 de l’année. Une certaine revue pop-moderne avait quant à elle affublé ce même album d’un misérable 1/6 si ma mémoire est bonne !
C’est donc avec un plaisir immodéré que je retrouve l’univers du Londonien sur ce qu’il considère lui-même comme la fin d’une trilogie personnelle. En trois albums, Sheehy a arpenté les boulevards glauques de Londres et livré son journal intime peuplé de bars, de cuites, de putes, de fornications bestiales. Et sur son dernier opus, son macadam-gospel est intact, que dis-je, magnifié.
On retrouve comme sur le précédent Dimitri Tikovoï à la production et accessoirement aux percussions, que l’on félicitera encore une fois pour son goût pour l’économie, la discrétion et la justesse (non, non je ne blague pas ! rien à voir avec son projet Trash Palace). On notera la participation de l’ex-Cocteau Twins Simone Raymonde derrière le piano sur les somptueuses ballades Distracting Yourself From the Doom et Teardrop Time notamment. Comme sur "Ill Gotten Gains" avec Just a Word, Dark Country Moment offre un duo magique avec une chanteuse, ici Alison Shaw des Cranes, où la jeune voix innocente tranche avec la cruauté de l’histoire : Sheehy y raconte comment il arrive "à ses fins" avec une fille de la campagne en lui promettant de l’emmener avec lui à la ville, promesse qu’il ne tient évidemment pas.
Sheehy a décidément vécu les situations les plus pathétiques et il s’en vante autant qu’il se dégoûte en les chantant ; quelque chose du genre "Je suis le dernier des salauds avec ses dames. Désolé, c’est dégueulasse je sais. Mais on ne se refait pas. Et en plus je vais vous dire, j’aime ça !". Les titres sont parfois personnels comme Pretty Little Bouquets où il raconte l’enterrement du fils d’un ami de la famille qui le tabassait étant jeune. Sheehy aurait même hésité à coucher sur disque certains de ces morceaux de peur de blesser une partie de son entourage. D’autres morceaux sont fantasmés tel Ballad of the Pissed Apostle, l’histoire "hilarante" d’un apôtre de Jesus qui préfère de loin aller voir les prostituées et boire des coups avec ses potes alcoolos alors que leur messie se fait crucifier au même moment ! Le reste serait un mélange de situations vécues mais pas si particulière au bonhomme et pour ainsi dire... communes : des trahisons, des infidélités (Donkey Ride Straight to Hell ou Mary Bloody Mary), les mensonges honteux pour "conclure" (Dark Country Moment), des relations qui ne veulent décidément pas tourner rond (Teardrop Time).
"No Longer My Concern" met un point d’honneur aux thèmes fétiches de Michael J Sheehy mais de quelle manière ! Si le cœur vous dit de vous laisser happer dans son univers à la fois glauque et délicieusement mélancolique de looser immoral, Sheehy vous accueillera à bras ouvert. La promo de Beggars Banquet annonce "le plus grand songwriter folk depuis Nick Drake" ; c’est un peu fort à mon avis, non pas que la comparaison ne soit pas juste, car la qualité de ses chansons est indéniable, c’est plutôt qu’on pense plus volontiers à Nick Cave, Elvis Prestley ou plus récemment Richard Hawley. Blues-rock plutôt que rock , voilà. Et dans tous les cas, "No Longer My Concern" est un excellent disque, simplement, et Sheehy un conteur à part.
Note : Ne prenez pas tout ce que raconte Michael J Sheehy au pied de la lettre ; on dit que Michael est même plutôt drôle. Pour l’avoir rencontré une fois, je peux vous dire qu’il est très sympathique et pas si dépressif que sa musique peut le laisser penser.

RedApple
(redapple [AT] purjus [POINT] net [*]) 

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