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M Ward
"Transfiguration of Vincent"
(Matador/Beggars/Naïve)

Beams

J’ai demandé à mon frère s’il avait jeté une oreille sur ce nouvel album de Matt Ward. Réponse : « je l’ai pas vu et il ne devait même pas être en écoute ». Je veux bien le croire.

Taiwan Story

Un récent séjour dans une autre île de beauté m’a transporté dans un commerce musical plus juste à mon sens. Dans tous les disquaires où je suis allé, de la petite échoppe à la grande galerie, cet album était en écoute, mis en évidence, avec parfois des stickers du genre « recommandé » ou autre « coup de cœur ». Je l’ai écouté donc. Séduit, je l’achète (pas cher en plus !!). Une boutique plus tard, qu’est-ce que j’entends parmi les albums passés en fond sonore : "Transfiguration of Vincent" ! Je craque, aller chercher des disques là-bas c’est la joie.

Transfiguration of Vincent

Cette année je n’ai rien entendu d’aussi bon que cet album parmi les nouveautés, à l’exception de l’opus de Richard Bona (la sortie CD de "On The Beach" de Neil Young datant de 1974 ne comptant pas).
Je ne vous fais pas là le coup du pari sur l’album 2003. Juste que "Transfiguration of Vincent" est un des disques qui vivifient et diversifient mon plaisir musical.
Du blues, un zeste de McFerrin (et donc d’à peu près toutes les musiques), une pincée de soul à l’ancienne (de Bill Withers à James Brown) et pour le reste c’est décidé ça sera Matt Ward.

Matt Ward est grand. Le saviez-vous ?

Pourquoi Matt Ward est un grand ?

D’abord les plus mauvais arguments : les arguments d’autorité.
- c’est Chan Marshall de Cat Power qui le dit: “Met a man named Matt Ward recently, in San Fran, leading to Tallahasse, he probably is, despite the leading well known greats to all of us, he probably is, the best thing going. He goes under his musicianship name : M.Ward and he can play and he can sing like a great big heart."
- c’est moi qui l’intuite et c’est la suite de la chronique.

Matt Ward est grand parce que...
Après maintes écoutes, si je devais résumer ce qu’évoquent avant tout ces paroles et l’atmosphère rattachée à cet album ce seraient les dessins du livre de Tim Burton et les péripéties de son héros garçon-huître "The Melancholy Death of Oyster Boy" (livre que RedApple et moi avons offert à la belle Ambrosia Parsley). Ce n’est là qu’une analogie spontanée, une idée qui jaillit tel un dirac. Le même plaisir à revenir sur l’œuvre à chaque fois.
D’une voix raclante habitant les comptoirs des pianos-bars ou d’une hauteur à raviver le souvenir de tant de chers disparus de la musique folk-pop, Matt cisèle ses chansons avec peut-être trop de maîtrise donnant l’impression après coup d’être sûr de ses effets. C’est un trait de caractère qu’il partage avec un Ed Harcourt, un gars talentueux et combatif qu’on aime bien à PurJus.

Les musiques. Ce n’est pas un album lo-fi pour moi. Il y a là de la minutie, de la clarté, de l’affinement et de la précision sur toutes les chansons. Des guitares électriques aux sonorités rondes comme on en entendait sur certains enregistrements jazz il y moins d’un demi siècle, un piano fureteur engageant à la danse et tout plein de petits détails à savourer. Mark Linkous doit apprécier, lui qui a signé musiques et production du très bon album de Daniel Johnston "Fear yourself" sorti cette année.

Si nous faisions encore de la radio, j’essaierai de diffuser l’album en entier en arguant tout le long de l’émission que le meilleur d’une musique populaire est là (pas la peine de racheter une énième compilation de votre jeunesse), que les interstices silencieux de la voix ou des musiciens composent des secondes parfois vitales à la réussite d’une chanson et vous laisse apprécier le bruit d’émission des radios campus. Bref nous vous passerions l’album en entier comme nous l’avons déjà fait pour d’autres (Fiona Apple deux fois de suite!, demandez à RedApple).

Vers la fin, la reprise du Let’s dance de Bowie, témoigne d’une audace et d’une clairvoyance lumineuses. C’est pas cette fois que je me fâcherai avec Chan Marshall.

BSGD
(bsgd [AT] purjus [POINT] net [*]) 
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